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L’idée que vous avez eue le 13 août dernier vers 22h56 était bonne !

L’idée que vous avez eue le 13 août dernier vers 22H56 était bonne; peut-être même meilleure que celles que vous êtes censé avoir à chacun de vos comités de direction. L’air caniculaire était enfin redevenu respirable. Vous n’étiez pas en représentation face à vos collaborateurs. Depuis quelques jours, votre femme, la mer et les étoiles vous paraissaient plus belles. Vous aviez même oublié que vous étiez en vacances. Et puis soudain, l’idée a jaillie et elle vous a emporté.

Vous ne pouviez plus reprendre vos activités professionnelles comme si de rien n’était. Il fallait impérativement que cela change. Ou que vous changiez. L’idée que vous avez eue face à la mer le 13 août dernier vers 22h56 était bonne. La jubilation intérieure qu’elle provoqua chez vous n’avait rien à voir avec le plaisir furtif que provoque la certitude d’avoir atteint le seuil de déclenchement de votre bonus. Ou la confirmation du leadership de votre marque sur le segment des « produits fromagers à pâte lavée » …

Souvenez-vous ; vous voliez ! Votre vision dépassait soudain le bout de votre prochain comité exécutif. Tout s’enchaînait avec une logique implacable. Vous aviez repris les commandes de votre destinée. Vous envisagiez les onze mois vous séparant de l’été 2017 avec une rare gourmandise. Votre entreprise allait se mobiliser autour de votre beau projet. Vous alliez changer vos relations avec vos équipes. Vous alliez revoir sérieusement l’équilibre écorné de votre vie professionnelle et de votre vie personnelle. Alors, pourquoi diable, avez-vous abandonné cette fulgurance, en l’accrochant à l’arbre de la peur, du doute, de la désillusion ou du confort, juste avant le péage de Saint-Arnoult ?

Vous aviez pourtant raison, il fallait que ça change. C’était de votre responsabilité de manager surinformé, instruit, bien intégré et certainement talentueux – voire chanceux – de déclencher le mouvement. C’était une bonne occasion de donner un peu d’envergure et de sens à votre mission. Au-delà de votre remarquable collection de diplômes, de votre carrière sans faute, de la belle progression de vos revenus, de la considération de vos pairs et de l’admiration béate de vos amis. C’était enfin une jolie façon de démontrer que la vie professionnelle ne se résume à l’art de rendre compte, de justifier son job, de surfer sur les théories macro et micro-économiques à la mode, de déstabiliser ses rivaux, ou de passer entre les mauvaises gouttes de la conjoncture.

Votre idée était bonne, débarrassée du fatras de conformisme intellectuel dans lequel baignent la plupart des réflexions stratégiques de votre environnement. Vous pressentiez déjà avec justesse les limites du modèle dans lequel vous avez évolué bon an mal an. Vous étiez las de demander en permanence ce que vous devez faire à des clients qui n’en ont bonnement aucune idée. Vous étiez épuisé à la perspective de devoir plancher jour et nuit pour rendre présentables aux analystes des résultats de plus en plus décevants. Vous étiez convaincu qu’acquérir avec de coûteux subterfuges l’intérêt et la fidélité de consommateurs, de collaborateurs ou d’actionnaires de plus en plus opportunistes allait durablement dégrader la profitabilité et la pérennité de votre activité.

Votre idée, inédite, concrète, sensée était bonne et méritait d’être creusée, partagée, challengée. Elle avait du souffle. Elle se jouait des préjugés, des conventions. Elle était inscrite en creux dans le code génétique de votre marque. Elle pouvait marquer la renaissance de votre entreprise, de votre département ou de votre organisation. Elle n’appartenait qu’à vous et vous donnait sans doute pour la première fois l’impression d’être vraiment utile.

Alors vite, faites demi-tour et exploitez-la fissa. Il est grand temps que vous tiriez profit du capital d’imagination, d’audace et de courage que la tyrannie du court terme et du relativisme vous fait trop souvent négliger. Votre entreprise, comme l’ensemble de l’économie, ne peut plus attendre l’éventualité de vos prochaines vacances pour espérer sortir du climat désenchanté et stérile dans lequel nous prenons tous un malin plaisir à nous complaire.

*aubry pierens

 Article publié pour la première fois, le 5 septembre 2003, dans le journal « Les Echos » et commenté par l’auteur au chapitre 8 du livre ‘Un Regard Peut Tout Changer’, paru en avril 2016 aux Editions Salvator. 

La meilleure chance de nous en sortir, c’est nous!

Court commentaire audio d’Aubry Pierens sur le chapitre 8 d’Un Regard Peut Tout Changer (Editions Salvator) où il est question de la réelle capacité de chacun à faire bouger les choses.

Mais si, mais si …vous pouvez !

 U.R.P.T.C (Un Regard Peut Tout Changer) vous attend chez votre libraire préféré ou au bout de l’un de ces liens : 
– FNAC
– DECITRE
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– AMAZON

Les entreprises ne serviraient à rien ?

Janvier 2009

Ainsi donc, les entreprises ne serviraient à rien ?!

Quand on constate l’immobilisme et l’attentisme qui règnent actuellement dans un très grand nombre d’entreprises françaises, on est en droit de se poser la question : mais comment faisaient-elles ‘avant’ ? [‘Avant’ que ceux qui se croyaient les ‘maîtres du monde’ constatent avec une indignation culottée que le système avait déraillé !].

Nous n’aurions donc plus besoin de nous loger, de nous vêtir, de nous alimenter, de boire, de nous éclairer, de nous chauffer, de nous soigner, de nous déplacer, de nous instruire, de nous distraire, … ? Les besoins de six milliards et demi de terriens auraient donc définitivement été satisfaits.

C’est l’étrange sentiment que donne une succession de visites dans les couloirs et sous les verrières de multiples entreprises. Le flot de mails directement liés à leur activité a considérablement diminué. Les échanges téléphoniques et les conversations autour de la machine à café s’égarent dans les méandres de l’inquiétude partagée. Les comités se réunissent, mais s’empressent de ‘surtout ne rien décider’. L’argent fond comme cire sur les écrans des services de la trésorerie, non pour acheter ou investir, mais pour honorer la dette du bonneteau financier des années précédentes ou couvrir au plus juste les coûts fixes.

Ce décalage entre l’immensité des besoins à satisfaire et l’apathie honteuse des acteurs économiques est révélatrice de l’incapacité avérée de ceux qui pensaient savoir ou pouvoir. Déformés par des années de pratiques mécanistes et modélisés, confits dans une idéologie fondée sur les seuls mérites des plus forts, des plus rapides et des plus informés, sourds aux cris, aux avertissements et au silence résigné du reste de l’humanité, trop de dirigeants et managers d’aujourd’hui sont tout simplement perdus. Leurs tableurs, leurs plans à trois ans, leurs instruments de contrôle, leurs armées de consultants, leurs outils de veilles économiques ne leur sont visiblement d’aucune utilité ; et pour cause, puisqu’ils ont été développés selon une logique qui a largement déconnecté les résultats financiers de la réalité de la valeur créée. Quand on s’emploie – plus ou moins consciemment – à saper les fondements humains de la confiance, à raisonner dans des univers virtuels, à oublier que les entreprises ont par essence vocation à satisfaire les besoins bien réels de leurs clients, on bloque à terme les facteurs de croissance économique et sociale.

Allez, au boulot ! Pas pour survivre, mais pour vivre. Vivre de son art, de son savoir, de sa disponibilité, de son enthousiasme, de sa capacité à entraîner, à penser, à imaginer, à fabriquer … à servir à quelque chose en sorte.