Archives pour la catégorie Billets d’humeur

Libre, c’est tout !

Et si, au lieu de nous goinfrer d’images, de représentations, de sécurités et de conventions, nous osions nous jeter avec confiance et enthousiasme dans la réelle épaisseur de nos vies ?

Il y a ce qui est convenable de penser et ce que nous pensons vraiment. Il y a ce que le système attend de nous et les points sur lesquels nous aimerions fortement qu’il évolue. Il y a ce qui est bon pour toutes les personnes dont nous sommes responsables et ce à quoi nous avons consenti pour ne pas trop en rajouter à des jours déjà si lourds. Il y a ce dont nous sommes fiers et ce dont nous nous justifions en boucle. Il y a le parcours sans faute que nous avons effectué depuis la maternelle et l’accumulation des handicaps qui frappent tous ceux qui n’ont pas eu cette chance et que nous croisons chaque jour. Il y a l’impression de mener nos vies du bout du doigt sur l’écran de nos smartphones 4G (bientôt 5) et ce réel qui fait de la résistance dans nos rues, nos banlieues, nos EHPAD, autour des berges de nos fleuves, à nos passages à niveau ou dans les résultats de notre dernier bilan sanguin.

Il y a la perspective de la retraite, de nos prochaines vacances à Megève ou à Maurice, de la liquidation de nos stock-options et cette petite musique entêtante, collante qui revient en boucle dans vos pires insomnies : « Si je meurs tout à l’heure, qu’est-ce que mes amis, mes proches, retiendront de moi ?’ Ma sortie dans la botte d’une grande école ? Le cuir fauve de mon Audi A6 de fonction ? La réussite de notre dernière IPO ? Nos soirées en blanc, notoirement éméchées, à Saint Paul de Vence?  Mon goût immodéré pour les caméras et micros de BFM Business ?  … »

Bien sûr, de telles pensées ne nous titillent pas tous, tous les jours et avec ces mots-là; mais de là à dire que le bilan de notre vie nous indiffère profondément ou que c’est vrai pour les autres mais pas forcément pour nous …?!

Il est encore temps de prendre chacune de nos existences à pleins bras. Il est encore temps d’aller au bout de ce que la conjugaison de notre expérience, de nos talents, de notre désir et surtout de notre liberté nous invite à vivre (Emmanuel Macron, la BCE et les GAFA ne peuvent pas tout et c’est plutôt une bonne nouvelle ; même si c’est souvent bien confortable de leur abandonner notre avenir ou de leur attribuer la paternité de tous nos maux).

Il est toujours temps de repenser notre action en regardant au-delà des KPI, de l’EBITDA et de la hausse prévisible de nos primes sur objectifs. Et pas seulement pour les dégâts collatéraux qu’entraînent inéluctablement les triviales logiques de prédation ou de survie qui polluent à l’envi la vie politique, économique ou sociale d’aujourd’hui.

Il est toujours temps de prendre le temps de questionner l’acquis, d’affronter le convenu, de challenger l’agréé, de bouleverser l’habitude, d’explorer l’impensé pour apporter une réponse simple, claire et juste à un monde qui semble se noyer dans ses propres conventions et dérives.

C’est aussi cela qui libère l’entreprise, valorise sa singularité, booste sa transformation, nourrit sa capacité d’innovation, structure sa RSE, unit son CODIR, séduit les nouvelles générations, retient l’attention des meilleurs investisseurs.

La mission première des chefs d’entreprises et des managers inspirés est de réexaminer stratégies d’entreprise, de marque ou de développement au delà des habituelles conventions et selon une approche holistique qui comprend l’homme dans sa triple dimension : corps, cœur et esprit, car elle est indéniablement porteuse de sens et d’innovation utile (deux denrées si rares dans la plupart de nos modèles d’affaire épuisés ou grimaçants).

Les vrais leaders sont visionnaires. Ils sont enracinés dans l’humus de la vraie vie. Ils ont remarqué que leurs clients étaient avant tout des êtres humains, tout comme leurs collaborateurs et leurs fournisseurs. Ils savent regarder au delà de leurs écrans. Ils ne répliquent pas incessamment les mêmes stratagèmes. Ils ne campent pas sur leurs certitudes. Ils ne font pas semblant de diriger. Ils ne demandent pas la permission à leurs actionnaires, leurs clients, leurs collaborateurs ou même à l’agenda qu’on leur impose pour dessiner les contours d’une offre, d’une marque ou d’une entreprise dont on se demande encore comment on a pu ne pas y penser plus tôt. Ils osent penser, à la fois juste et à côté. Et leur éloge funèbre a peu de chances de ressembler un jour à une triviale to-do-list aux cases plus ou moins bien cochées.

Allez, le temps pour vous de ranger votre i.Pad, d’enfiler une bonne paire de chaussures de marche, de réunir autour de vous une petite équipe motivée et on s’y met !

L’obsolescence programmée entre en phase terminale.

Nous pressentons avec espoir qu’une page sombre de la technique marketing est en train de se tourner. La disparition de l’obsolescence programmée est en bonne voie. Et il en sera ainsi pour toutes les techniques de vente trompeuse ou forcée, fondées sur le mensonge, la manipulation ou l’abus de faiblesse. Il n’est point toujours besoin d’une intervention intrusive du législateur, le bon sens et la justesse finissent toujours par triompher dès lors que l’on prend le temps de regarder l’acheteur dans sa triple dimension : corps, cœur, esprit, et non simplement son porte-monnaie ou son appartenance à tel ou tel socio-style de ‘conso-crétins’.

« Obsolescence », « programmée » : deux mots qui blessent.

La notion d’obsolescence renvoie à un échec, à une défaite face au temps. Tout comme la mort que l’homme s’évertue infiniment à repousser ou à effacer. Plus l’objet est inscrit dans notre existence où il se révèle prothèse familière tel le fer à repasser ou le grille-pain, moins sa performance ou sa technologie progresse objectivement, et plus son obsolescence, soudaine, inattendue, nous est insupportable.

En creux, nous savons tous que, dans un univers clos, la perte des uns peut faire le bénéfice des autres. Et cette prise de conscience accroit encore plus chez chacun un sentiment d’injustice et de frustration. Que certains conçoivent et fabriquent des produits en recourant à des matériaux et des mécanismes dont ils fixent à l’avance la durée de vie et la défaillance pour en garantir le renouvellement, nous trouble. Qu’ils gagnent alors que d’autres perdent, nous est le plus souvent insupportable. Surtout lorsqu’on se trouve du côté des perdants…

Le mot « programmée » exacerbe l’idée d’une prédestination, d’une intelligence extérieure, manipulatrice et agissante qui, une fois lancée, nous apparaît déjà hors de contrôle. Le programmateur nous inquiète, nous agace, nous irrite ; qu’il ait ou non une expertise et une maîtrise technologique supérieures à la nôtre. C’est dire si le sujet a tous les atouts pour devenir populaire… Et la révolte gronde rapidement chez tous ceux que la circulation accélérée et transparente des informations sur internet a instruit de cette technique utilisée subrepticement pour accroître le niveau d’emprise de certains sur chacune de nos vies.

Les objets n’ont pas vocation à l’éternité. Néanmoins, l’obsolescence programmée se révèle pratique médiocre, mise en œuvre par des marketeurs myopes avec la complicité d’ingénieurs et de techniciens invertébrés. Elle a un coût, et ceux qui le supporteront ne sont pas toujours ceux qu’on croit.

La vraie défaillance ne se trouve pas dans le produit lui-même.

L’obsolescence programmée dit quelque chose des produits, des marques et des entreprises qui y recourent. Elle hurle le mépris des consommateurs et des utilisateurs, car elle les envisage comme suffisamment stupides pour ne pas le constater, et amnésiques pour ne pas en tirer une leçon. Or, la casse soudaine d’une pièce essentielle, le vieillissement accéléré d’un matériau, la diminution des performances, ne s’apprécient pas dans le doux somnambulisme de l’ultra-consommation et un rêve inassouvi et permanent de renouvellement. Le constat est brutal. Il viole une relation entre l’utilisateur et l’objet. Il meurtrit profondément la quiétude d’une économie personnelle en obligeant à une dépense inattendue et contrainte.

Comme par hasard, l’obsolescence programmée s’accompagne le plus souvent d’une impossibilité de réparer, de corriger la défaillance, de trouver une solution ou un accès alternatif. Elle fait de la technologie utilisée une citadelle inaccessible, claquemurée derrière ses vis Torx et Pentalobe (non-dévissables sans outillage adapté) ou ses éléments scellés (processeur, mémoire vive et mémoire flash de stockage soudés sur la carte mère, batterie collée au fond du boîtier, écran ne pouvant être séparé de sa vitre de protection – cf évaluation d’un des tout récents McBook Pro par www.ifixit.org). Elle dénie aux ingénieux, aux économes, aux ‘responsables-du-monde-qu’ils-empruntent-à-leurs-enfants’, la possibilité et le droit d’apporter par eux-mêmes – ou par beau-frère ou voisin interposé – une libre réponse à la défaillance, un supplément de vie à la chose sub-claquante. L’obsolescence programmée contraint à jeter trop vite aux ordures – même retraitées ou valorisées – des objets dont la fonction première répondait pourtant encore au besoin originel. Rares sont ceux qui oublient cette blessure. La conscience ne le formule sans doute pas ainsi, mais le subconscient en garde vivace la trace.

Il est temps de faire tomber dans l’oubli ces pratiques d’un autre âge.

 Il est temps de ne plus prêter crédit aux croissances artificielles de chiffres d’affaires tirées par des pratiques qui exploitent avant tout la candeur ou l’ignorance de ceux qui vivent encore dans les illusions de la société de consommation. Il est temps de dénoncer le design d’apparence destiné à démoder l’enveloppe extérieure pour nous faire oublier le fonctionnement intact de la fonction. C’est trompeur, racoleur, vulgaire et finalement toujours décevant.

Développons au contraire toute activité économique qui convoque l’ingéniosité de ceux qui ont le don de redonner vie à l’objet cassé, abîmé, en panne. Le consommateur avisé et son comparse: le réparateur ingénieux, rendent en fait un hommage détourné au fabricant originel et à sa marque. Ils lui disent que ce qu’il a engendré et signé a encore du prix à leurs yeux et mérite de se voir accorder une nouvelle vie. Ils ne s’interdisent pas de lui faire à nouveau confiance et de lui acheter un autre produit de la même marque. Ou de remplacer à terme le produit qui sera allé au bout de son existence par un produit de marque identique, mais de nouvelle génération. La croissance du chiffre d’affaires sans doute plus lente, mais assurément plus pérenne et profitable.

Favorisons ces emplois de proximité géographique et psychologique qui entretiennent magnifiquement le lien social (cf les « cafés-réparations », labellisés « Repair Cafés », une marque déposée créée aux Pays-Bas en 2009 présente sur 900 sites dans 22 pays – dont une dizaine en France – http://repaircafe.org/fr/). Ils sont essentiels à l’écoulement durable et paisible de nos vies comme le sont d’autres ‘restaurateurs’, tels le médecin, le boulanger, l’aubergiste, le cordonnier ou le pharmacien.

Préférons les marques qui adoptent résolument les exigences de l’économie circulaire. Telle l’innovante et vraiment responsable : OWA (www.armor-owa.com/fr) qui signe des cartouches d’impression laser de qualité, compatibles, remanufacturées avec soin par le groupe ARMOR et garantissant dès l’achat, collecte et retraitement environnemental intégral.

Adoptons enfin les produits dont la valeur d’usage grandit aussi avec leur pérennité. C’est l’honneur des vrais bâtisseurs de faire traverser le temps à leur œuvre et leurs ouvrages ; et ce ne sont pas les Hénokiens (www.henokiens.com), club de belles entreprises familiales toujours en activité depuis 200 ans qui vous diront le contraire. Une nouvelle génération d’entrepreneurs ne s’y trompe d’ailleurs pas qui multiplie les entreprises (cf http://www.buymeonce.com de l’ex-publicitaire Tara Button) faisant de la durabilité des produits et services vendus un élément essentiel de leurs offres.

Toutes ces initiatives expriment ainsi notre résilience ou notre opposition face au cynisme et l’égoïsme de générations de managers irresponsables, instigateurs et, au bout du compte, premières victimes de leurs propres existences et idéologies à obsolescence programmée.

*aubry pierens

Article publié pour la première fois, le 13 août 2016, sur le site d’Economie Matin.

Vacances d’été 2016 : dix observations anecdotiques qui pourraient bien nous dire quelque chose d’important.

#1. Vous êtes apparemment le seul à vous croire en congé. Un mail vous annoncera bientôt que vos actionnaires, votre associé ou votre patron vous attendent de pied ferme, fin août, avec un budget révisé et votre nouvelle feuille d’objectifs. Allez, c’est pas grand chose ; juste un petit PowerPoint et des tableaux eXcel à bidouiller comme d’hab’, mais cette fois, au bord de la piscine à Formentera, avec l’iPad Pro et l’abonnement 4G fournis par l’entreprise. Veinard !

 #2. Prendre son temps a visiblement quelque chose à voir avec
la vraie vie. 
Lire. Peindre. Pêcher. Jouer au Mölkky. Siroter un petit verre de blanc limé sur le coin du zinc à Sauveterre-de-Rouergue. S’autoriser une minute (ou plus …) de silence contemplatif face à l’époustouflante beauté de la Nature. Piquer un somme sous le gros tilleul du jardin. Comme quoi on peut décider de ralentir, de s’arrêter même, et faire tous les jours des choses incontestablement plus vitales que pédaler toujours plus vite comme un hamster dans sa roue-cage !

#3. Le charcutier du marché vous aura vendu plus de fougasses
aux olives, de culatello de zibello, d’artichaunades et de saucissons
au piment d’Espelette en deux semaines que vous n’en consommez habituellement en une année. 
Et pourtant, il ne travaille pas à Palo Alto ou à Shenzhen, ne connaît rien au langage HTML5, ne vient pas de ‘lever’ 10 millions auprès de ses petits camarades de promo, ne ‘sort pas d’une business school’, n’est pas présent sur LinkedIn ou Twitter et ne possède pas un octet de ‘big data’ sur vous et vos compagnons de vacances. Bon, … on peut évidemment imaginer qu’il aime d’abord les gens, ses produits, son métier, les saisons, la vie, … mais ça ?!

#4. L’écran total n’empêche pas les coups de soleil. Vu le nombre
de d’assertions non vérifiées, rédigées de façon approximative, et mises en ligne chaque été sur les meilleurs sites d’information par de fort sympathiques stagiaires intérimaires, il vaut mieux marcher à l’ombre avec des amis sous les frondaisons de Brocéliande et renoncer à parcourir nerveusement Google Actualités …

 #5. L’imprévu fait bien les choses. Si vous persévérez quand même
en négligeant le point ci-dessus, vous verrez – avec un peu de bonne volonté et de liberté intérieure – qu’on peut très bien vivre heureux loin d’une prise courant, dans une zone sans couverture 4G, ou délesté de son iPhone 6S 32G parti soudainement en plongée  au large du Banc d’Arguin …

#6. « C’est quand la mer se retire qu’on voit ceux qui n’ont pas de maillot » (Warren Buffet). Tout comme on voit la vanité des modèles d’affaires en période de crise quand ils ne sont pas fondés sur une vision qui a du sens pour l’ensemble des parties prenantes. ‘15% de CA en plus à iso-effectifs avec 9% d’EBIT en 2016’, c’est effectivement un objectif, mais pas vraiment ‘l’obscur objet du désir’ de vos collaborateurs. Ni de votre plus gros client parti sur la Côte Dalmate, d’ailleurs !

 #7. L’image a moins d’effets qu’on ne le croit sur la réalité*.
L’alarme de votre appartement a fonctionné impeccablement. La patrouille de surveillance envoyée sur site vous a même confirmé très vite que l’effraction a bien eu lieu et que les voleurs apparemment cagoulés – et sans doute, très informés – ont été d’une efficacité redoutable. Grâce à la décision visionnaire de votre conseil municipal et l’offre si inspirée de votre cablo-opérateur, des dizaines de caméras HD ont filmé l’événement : dans la rue, devant l’interphone, dans le hall, dans l’ascenseur, dans le parking et même chez vous. Voulez-vous qu’on vous envoie la cassette à Porto Cervo ?
(* : ce cas est bien évidemment totalement fictif)

#8. Le monde parle haut et fort, mais si peu l’écoutent. Tendez les yeux! Ca commence sur les aires d’autoroute où tout le monde s’ingénie pourtant à s’arrêter en même temps. Ca continue sur la plage où, à coups de parasols, de draps de bain, de raquettes de plage et de châteaux de sable, des corps écarlates ou luisants, joliment bronzés parfois,  revendiquent subtilement leur part de territoire. Dans la rumeur qui monte du camping lointain ou dans le fond des caddies du Leclerc d’à côté. Les autres – qui sont d’ailleurs vos semblables – ont pourtant plus de choses à vous dire qu’on ne le perçoit généralement derrière les façades en verre chromé des bureaux de l’Ouest parisien ou sous les lambris dorés des palais de la République. Et ils ont raison de nous le rappeler : ‘Bah quoi, … on n’attend pas Patrick ?!’.

#9. Conduire ce qu’on appelle encore ‘une automobile’ se révèle toujours plus plaisant que de s’imaginer, transporté en ‘voiture autonome’. Dans mon véhicule actuel, je ne programme rien. Je n’abandonne à personne le choix de ma conduite. J’accélère, freine, ralentit, tourne à droite, tourne à gauche, m’arrête quand je veux pour faire pipi, et épargne prioritairement les piétons imprudents. Je regarde le paysage (vaut mieux 🙂 ) et pas un film ou mes mails sur un écran. Je baisse même la vitre pour parler aux indigènes. Et je méprise superbement ce que veulent de moi Google, Amazon, la NSA ou un nième logiciel de V.B.I.A.O (‘votre-bonheur-imaginaire-assisté-par-ordinateur’). A propos, c’est vous qui voulez rester autonome et mobile, ou c’est votre bagnole?

#10. Le succès de Pokémon Go était prévisible. C’est en fait un jeu directement extrapolé de ce qui vit déjà dans de nombreuses entreprises. A l’instar de cette application ‘addictive’ (comme le doit être tout produit digne de ce nom, aujourd’hui), quelques équipes managériales sous influence arrivent encore à vous fait croire :
– qu’elles favorisent la mobilité et les échanges sociaux alors que, où que vous soyez, vous gardez toujours plus les yeux visés sur un écran;
– que vous êtes ‘dresseur’ alors que c’est vous le Pokémon;
– que vous êtes en réalité augmentée alors que vous l’êtes rarement… en réalité.

Sur ce, … bel été à chacun ! Ouvrez l’œil et le bon !

*aubry pierens

PS : Chaque Français lit en moyenne 2,4 livres pendant ses vacances
(étude YouGov/lastminute.com).
Vous davantage, bien sûr !
Donc n’oubliez pas d’emporter dans vos bagages ou de vous faire livrer
FNACAMAZONLA PROCUREDECITRE :

Un Regard Peut Tout Changer.
Les conseils impertinents d’un consultant.
Aubry Pierens (Editions Salvator) 

Cela pourrait vous donner de bonnes idées
pour la rentrée !:-)

Les entreprises ne serviraient à rien ?

Janvier 2009

Ainsi donc, les entreprises ne serviraient à rien ?!

Quand on constate l’immobilisme et l’attentisme qui règnent actuellement dans un très grand nombre d’entreprises françaises, on est en droit de se poser la question : mais comment faisaient-elles ‘avant’ ? [‘Avant’ que ceux qui se croyaient les ‘maîtres du monde’ constatent avec une indignation culottée que le système avait déraillé !].

Nous n’aurions donc plus besoin de nous loger, de nous vêtir, de nous alimenter, de boire, de nous éclairer, de nous chauffer, de nous soigner, de nous déplacer, de nous instruire, de nous distraire, … ? Les besoins de six milliards et demi de terriens auraient donc définitivement été satisfaits.

C’est l’étrange sentiment que donne une succession de visites dans les couloirs et sous les verrières de multiples entreprises. Le flot de mails directement liés à leur activité a considérablement diminué. Les échanges téléphoniques et les conversations autour de la machine à café s’égarent dans les méandres de l’inquiétude partagée. Les comités se réunissent, mais s’empressent de ‘surtout ne rien décider’. L’argent fond comme cire sur les écrans des services de la trésorerie, non pour acheter ou investir, mais pour honorer la dette du bonneteau financier des années précédentes ou couvrir au plus juste les coûts fixes.

Ce décalage entre l’immensité des besoins à satisfaire et l’apathie honteuse des acteurs économiques est révélatrice de l’incapacité avérée de ceux qui pensaient savoir ou pouvoir. Déformés par des années de pratiques mécanistes et modélisés, confits dans une idéologie fondée sur les seuls mérites des plus forts, des plus rapides et des plus informés, sourds aux cris, aux avertissements et au silence résigné du reste de l’humanité, trop de dirigeants et managers d’aujourd’hui sont tout simplement perdus. Leurs tableurs, leurs plans à trois ans, leurs instruments de contrôle, leurs armées de consultants, leurs outils de veilles économiques ne leur sont visiblement d’aucune utilité ; et pour cause, puisqu’ils ont été développés selon une logique qui a largement déconnecté les résultats financiers de la réalité de la valeur créée. Quand on s’emploie – plus ou moins consciemment – à saper les fondements humains de la confiance, à raisonner dans des univers virtuels, à oublier que les entreprises ont par essence vocation à satisfaire les besoins bien réels de leurs clients, on bloque à terme les facteurs de croissance économique et sociale.

Allez, au boulot ! Pas pour survivre, mais pour vivre. Vivre de son art, de son savoir, de sa disponibilité, de son enthousiasme, de sa capacité à entraîner, à penser, à imaginer, à fabriquer … à servir à quelque chose en sorte.

 

 

Détecteurs de fumées : une bien obligeante obligation de trop !

10 février 2009

Le récent vote par l’Assemblée Nationale d’un amendement rendant obligatoire l’installation de détecteurs de fumée dans les locaux d’habitation est emblématique des douces dérives sécuritaires de notre société. Comme toutes les autres réglementations du même type, cette disposition a été votée ‘la main sur cœur’, en l’occurrence au nom des 800 morts annuels pour cause d’émanations de fumées. L’Etat veille et compte bien – selon le rapporteur du texte – réduire de moitié ce nombre de décès !

Nous avions déjà les barrières de sécurité obligatoires autour des piscines privées (qui ont quand même laissé mourir 60 personnes sur les 401 noyades répertoriées en 2006!). Nous pouvions déjà envisager d’allonger la durée de notre vie grâce au ‘principe de précaution’ érigé en valeur constitutionnelle. Triangle de signalisation dans le coffre et gilet fluo sur le siège avant, nous voyions venir le cœur léger la prochaine panne de notre véhicule sécurisé par ordinateur (anti-patinage, anti-blocage des roues, correcteur de trajectoire, contrôle continu de la pression des pneus, balise GPS, etc …). Il restait donc le feu, la fumée, la nuit, le lit et son linceul de draps, le sommeil, la mort …

Dormez tranquille, braves gens, les nouveaux chevaliers du gué veillent ! Bientôt, ils s’intéresseront de très près aux autres 100 000 causes de décès qui ne sont du, ni au cancer (155 000 décès par an), ni aux maladies cardio-vasculaires (150 000 décès par an), ni aux accidents de transports (5 400 décès par an), ni au suicide (10 700 décès par an). Ce sera la vieillesse peut-être, dont on pourra bientôt se garantir – ou se faire garantir par ses proches – dignement … Ou les accidents de la vie courante (20 000 décès par an) : chutes dans la rue, chutes de la table à langer, intoxications, collisions, accidents de bicyclettes, … Les ‘anges gardiens’ de notre survie ont encore de beaux jours de réglementation devant eux !

Les opportunistes et lobbyistes de tout poil aussi, qui nous vendront, avec la complicité du législateur, mille et un dispositifs dont la rentabilité des ventes est assurée par l’effet de levier immédiat de la contrainte réglementaire. 20 euros par foyer habitant un studio, 40 euros par foyer habitant un deux pièces, 60 euros par foyer habitant un trois pièces, … ‘Bingo’ chantent en cœur importateurs astucieux et sous-traitants chinois, encouragés par quelque fabricant de piles jetables soucieux que chacun n’oublie pas de les renouveler chaque année.

Tout cela est bon pour le commerce. Beaucoup moins pour la planète. C’est raté pour ceux qui meurent quand même dans l’incendie ou pour tout autre cause. Et c’est idiot pour tous ceux qui en ont marre de devoir payer chaque fois plus de leur liberté et de leur autonomie en étant piteusement obligés de repousser un peu plus loin le spectre de leur mort !

 

La polémique enfle…

 

7 avril 2009

Et l’expression elle-même commence sérieusement à gonfler … Aujourd’hui, il n’est pas de constat, de fait ou d’événement relatés par les journalistes qui ne soit systématiquement suivi d’une ‘polémique qui enfle’ à son sujet. L’annonce a même remplacé celle de ‘l’envoi sur les lieux d’une cellule d’assistance psychologique d’urgence’ ; mesure qui fut visiblement incontournable dans les dix dernières années, mais dont l’efficacité a du finir par montrer toutes ses limites sur le terrain …

Catastrophes naturelles, drames de la vie conjugale, déclarations du Président ou du pape, nominations, sondages, émeutes, découverte d’un nouveau virus, chiffres du chômage, expositions, résultats de la Nouvelle Star, comices agricoles, inauguration d’une crèche de quartier, mariage ‘people’ : tout est objet de polémique. La polémique évidemment médiatisée en vient même à faire oublier l’événement qui lui aurait donné naissance.

Mais c’est quoi cet univers d’imprécateurs incessants, d’inquisiteurs offusqués et de ‘bien-pensants’ outragés dans lequel certains voudraient nous faire vivre ? Notre société doit aller bien mal pour qu’on lui serve à tout bout de champ des coupables, des responsables, des indemnités, des compensations, des consolations pour se décharger du poids de ses propres démissions, de sa négation du réel, de ses petits arrangements avec la morale ou l’intérêt général.

Qui nous fait juge ? Et en quoi pouvons-nous vraiment prétendre tout maîtriser dans nos vies ?

Il faut en finir avec cette toute-puissance prétentieuse, complaisamment relayée par des médias qui ne savent plus quelle soupe servir à une opinion publique dont le désir et la capacité de jugement se sont dangereusement érodés sous le déferlement de ces pitoyables débordements.