COVID 19 : DIX GESTES-PONTS POUR PASSER A AUTRE CHOSE.

La crise sanitaire a bon dos quand on en fait la cause de tous les dérèglements qui affectent aujourd’hui la vie économique et sociale. Elle nourrit l’instauration accélérée de nouvelles méthodes de travail dans l’entreprise, mais révèle aussi crûment les multiples travers de ses pratiques de fonctionnement. L’heure est donc propice pour substituer aux barrières mentales du conformisme, de la peur et de l’habitude les ponts que peuvent jeter sur un présent recomposé le bon sens, l’audace et la volonté.

 

  1. Prenez le temps et occupez l’espace avant qu’un système ne vous contraigne.

La pandémie actuelle impacte directement la qualité du travail collectif qui est pourtant le cœur de tout modèle d’entreprise. Plus que jamais l’outil et la technologie modèlent les processus de collaboration et de réflexion. S’ils se prêtent commodément à une communication descendante ou au reporting remontant, ils peinent à favoriser la féconde effervescence du débat ou de la réflexion créative. L’ergonomie de l’application, la qualité du débit internet et l’aisance technologique de l’utilisateur impactent l’efficacité des échanges. Ainsi, il n’est pas rare de consacrer 10 à 15 minutes de calage technique mutuel avant d’en venir au véritable objet de la réunion. L’absence d’unité de lieu, la multiplicité et la versatilité des écrans connectés ne favorisent ni l’écoute, ni la concentration. Or, les dirigeants ont la responsabilité du temps long, de la prise de distance et de la hauteur de vue. Il est donc essentiel qu’ils préservent des modalités de travail collectif à l’image et à la dimension de cette mission en s’autorisant de vraies plages de réflexion dans leurs agendas et en repensant la localisation ou la configuration de leurs lieux de réunion.

 

  1. Puisez dans vos ressources avant qu’on ne vous les pique.

Une entreprise, c’est d’abord une équipe de personnalités et de talents uniques. A priori, cette équipe ne travaille pas ailleurs ou pour d’autres acteurs économiques. Elle créée normalement une valeur ajoutée supérieure à la somme des ses apports. Elle est donc porteuse de ressources exclusives et d’un potentiel commun qu’on s’étonne encore de voir trop peu mobilisés. Ce qui est connu, mesuré, rémunéré ; mais aussi ce qui est encore caché, mal utilisé, voire donné. Beaucoup de bonnes idées et d’initiatives émergent hors des services qui sont censés les faire émerger et les déployer. Mais pour cela, il faut quitter les systèmes pour rencontrer les personnes. Distiller et préserver l’essence première constitutive de l’entreprise au sein de sa communauté est un atout inaliénable. Les pauses contraintes sont souvent de très fructueux moments de relecture.

 

  1. Descendez jusqu’à la racine avant de regarder l’étoile.

La dilapidation des leçons du passé et du capital exclusif de connaissances accumulées est une pratique très répandue dans le référentiel actuel de fonctionnement des entreprises. Les générations passent sans réussir à valoriser, voire préserver leurs apports. La transmission est méprisée au profit de la seule référence de l’avis des pairs ou la collecte de faits et données sur l’internet. Seul l’instant semble avoir de la valeur. Le basculement techno-méthodologique actuel le conforte et la logique adaptative de l’activité se déploie hors-sol dans un fatras d’outils, de processus et de négociations permanentes qui fait que personne ne sait plus vraiment d’où l’entreprise vient et où elle va. Or, peu d’organismes vivants croissent sans puiser leurs ressources dans un biotope favorable. Explorer, sans honte ni mépris, ses racines et celles de son marché donne un solide point de départ à la trajectoire à venir.

 

  1. Ouvrez bien les yeux avant d’avoir besoin de correction.

Nous ne savons plus bien regarder et cela plombe une grande partie de notre capacité à choisir, à décider, à créer ou être simplement heureux, joyeux et paisible. Nous ne savons plus très bien regarder parce que nos yeux sont distraits de l’essentiel ; parce que notre regard est aveuglé par les bonnes et mauvaises expositions de nos parcours personnels ; parce que nous ne voulons pas voir la réalité des choses ; parce que à l’image des hordes de touristes qui se pressaient dans les rues de Paris, nous préférons mettre l’image dans l’appareil que de recevoir le sujet tel qu’il est ; parce que certains (chaines info, plates-formes de VSOD, réseaux sociaux compris) s’évertuent aussi à nous conserver dans l’illusion avec notre consentement plus ou moins conscient. Repréciser la vision que nous avons de notre entreprise, nos responsabilités, nos rapports aux autres et au monde est une étape fondatrice pour ne pas être rattrapés par la réalité ou la tyrannie de ceux qui vous imposent plus ou moins subtilement la leur.

 

  1. Respectez le sens des mots avant qu’ils n’engendrent d’autres maux.

Les mots servent à nommer et donc identifier, à décrire et donc partager, à distinguer et donc valoriser. A force de réduire les échanges intra-entreprises à des Slack, des SMS, des mails, des écrans style PowerPoint et des tableaux genre eXcel, on a accentué le déficit patent de vocabulaire, de syntaxe et de claire compréhension mutuelle des managers et de leurs équipes. L’intention est là, mais le message tronqué perd en impact, mémorisation et pouvoir d’adhésion. L’algorithme ou la formule (fût-elle publicitaire …) ne peut pas tout. Méprise, incompréhension et désengagement sont des maux régulièrement engendrés par la vacuité ou l’appauvrissement du vocabulaire et de la syntaxe utilisés dans les échanges interpersonnels. Préserver le sens singulier des mots pour donner visage à une vision, une raison d’être, une mission, des valeurs ou des objectifs est une discipline essentielle au cœur de l’entreprise et son écosystème.

 

  1. Veillez à la cohérence au risque de tomber dans la ‘co-errance’.

La cohérence n’est pas relative; elle oblige. Les stratégies qui marchent sont moins géniales que cohérentes de bout en bout. Et cette cohérence suppose de reposer sur une base connue et solide. Elle ne flotte pas dans l’air. Archimède a dit : « Donne-moi où je puisse me tenir et j’ébranlerai la Terre ». Dans son grec de l’époque, il n’utilise pas les mots ‘levier’ ou ‘lever/soulever’ (si fréquents dans la bouche des financiers et startupers d’aujourd’hui …) qu’on lui attribue par mésinterprétation. Il réclame de la stabilité et de la robustesse pour agir, une exigence de socle à partir duquel s’enclenche la mise en mouvement. Comme dans la grande majorité des phénomènes influents, c’est l’enchainement en exigeante syntonie de multiples éléments et facteurs qui donne naissance au résultat escompté ou constaté. Procéder à de rigoureuses revues de cohérence stratégique dans tous les compartiments de la vie d’une entreprise est l’un des premiers moyens de restauration de sa compétitivité.

 

  1. Soyez prêts à renoncer avant de voir s’accomplir vos désirs.

Les personnes – comme les entreprises – trop pleines d’elles-mêmes, de leurs intérêts, de leurs certitudes ou de leurs propres référentiels ne peuvent plus accueillir les surprises, bonnes ou mauvaises, que la vie ne manquera pas de leur réserver. Le ‘burn out’ ou le ‘bore out’ fauche d’abord ceux qui ont du mal à lâcher-prise, à admettre leurs limites, leurs fragilités. Il faut donc se vider pour mieux se remplir. Choisir, distinguer l’urgent de l’essentiel, l’important du non-important, convoquent chez quiconque une liberté de renoncer. Dans une ergonomie de vie de plus en plus façonnée par la conception de nos smartphones, certains pensent encore qu’ils peuvent obtenir – au doigt et à l’œil – ‘le beurre, l’argent du beurre et la crémière’.  Funeste illusion qui engendre bien vite la frustration.  Oublier ‘ce qui vous a fait roi’ est un réflexe salutaire pour bien écouter le monde qui nous entoure et nous permettre de saisir les opportunités.

 

  1. N’ayez pas peur de prendre des risques avant qu’il ne soit trop tard.

La vie est un risque permanent dont l’homme s’évertue en vain de réduire l’occurrence et la portée. Le 11 septembre 2001, Fukushima, la crise des ‘subprimes’ et le dernier nano-virus en date nous le rappellent furieusement. Trop d’énergie, de temps, de ressources, de connaissances et de procédures sont consacrés à cet objectif incantatoire et faiblement contributif à notre taux de bien-être. Les diligences sont dues, mais comme d’habitude, elles se font constamment attaquer. La compliance devient obèse et plie sous le poids d’un juridisme bureaucratique destructeur. Les sondages, les tests, les statistiques, les réglementations explosent mais ne garantissent plus le résultat visé. L’équation se perd dans l’inconnu, le chiffre s’incline devant les fées et la raison devant l’émotion. La justesse d’une stratégie n’est donc pas d’être conforme mais, en prenant son risque, de rencontrer la tête, le cœur et le corps de ceux et celles qu’elle vise. Dans le contexte actuel, jamais l’ouverture d’une réflexion sur les risques que nous sommes prêts à prendre n’aura autant été d’actualité…

 

  1. Libérez l’humain avant que la machine ne l’enchaîne.

L’économie est affaire d’êtres d’humains. La Terre, sans eux, sans elles, sans vous, sans moi, n’a pas de raison d’être, ni même grand intérêt. La 6G, les objets connectés, l’intelligence artificielle, l’internet quantique ou l’industrie 4.0 n’y pourront rien. L’être humain conservera toujours une part de mystère non soluble dans la soumission et la maîtrise quasi-absolue de toutes les données le constituant. C’est déjà le cas aujourd’hui quand vous regardez les comportements de vos clients, les réactions de vos collaborateurs, le fonctionnement de votre CODIR ou les attentes de l’homme ou de la femme de votre vie. Tant mieux, car c’est bien là que se passe l’essentiel. C’est bien là qu’il faut porter son attention parce qu’à un moment, c’est un ‘oui’ ou un ‘non’ bien humain qui fait que le choses se font ou pas. Prioriser la dimension humaine dans sa prise de décision est plus qu’une option morale ou éthique, c’est la condition sine qua non pour qu’advienne ce qui doit être.

 

  1. Embarquez tout l’équipage avant que certains ne soient finalement obligés de rester à terre.

Quels liens unissent encore une entreprise à ses collaborateurs, ses clients, ses partenaires quand le télétravail devient norme ou réalité ? Que proposer comme substitut efficace aux vecteurs d’attachement et d’engagement que constituent la qualité de la relation avec son N+1, le plaisir d’une bonne intégration dans une équipe, le partage régulier d’un repas, d’un espace ou d’un temps, la communion du combat, l’enrichissement des rencontres et de la diversité, la célébration festive des victoires ? Aucun Teams, Zoom, Skype ou réunions holographiques ne saurait le garantir. Quand le corps est atrophié, c’est par le cœur et l’esprit que la relation se construit, que l’idée peut prendre chair. Elles doivent être plus que jamais perçues comme vraies, palpables, durables, ajustées et partagées. Manager un collectif dans une époque qui pixellise, segmente, divise, relativise, externalise et pulvérise à l’envi n’est pas chose aisée. C’est pourtant le grand enjeu sur lequel tous les managers et responsables de clientèle sont attendus ; et cette exigence dépasse de beaucoup les challenges technologiques et sécuritaires qui ont déjà été relevés dans la crise que nous traversons.
En conclusion, c’est quoi la vision inspirée et inspirante qui continue de mobiliser les parties prenantes autour de votre entreprise alors que tant de contraintes pasteurisées et masquées font de plus en plus écran ?

Lettre personnelle, pas vraiment confidentielle …

Le 15 avril dernier, au creux du premier confinement, j’envoyais une lettre personnelle à mes amis, mes clients, mes partenaires. Une lettre que je voulais de saine et lucide espérance, un pied de nez à la poisseuse tristesse qui continue de nous envahir insidieusement. Je suis retombé dessus au détour du classement de mes fichiers digitaux. Elle m’a paru encore et toujours d’actualité. Elle pourrait même vous donner des idées, ouvrir chez vous une porte trop vite refermée, donner un point d’appui à votre audace, car il n’est plus temps de faire comme si de rien n’était ou vous n’étiez pas concerné. Je me permets de vous la partager.

Lettre à … avril 2020

 

WE lance www.raisondetre-entreprise.com.

 

La loi PACTE et la pression de l’opinion incitent les dirigeants à tenter d’exprimer la raison d’être de leur entreprise, de leur administration ou de leur organisation.
L’intention est bonne, mais le chemin pavé d’embûches et de pièges. Sans oublier l’intérêt fort opportuniste de « trousseurs de budgets » qui, soudainement, s’emparent du sujet comme ils l’avaient fait en leur temps avec la CRM, la transformation digitale, l’organisation matricielle  …. et le saut à l’élastique.

Il était temps de remettre les pendules à l’heure et WE l’a fait : www.raisondetre-entreprise.com.

Allez, osez; devenez qui vous êtes !

Arrêtons de jouer la comédie !

Un peu partout, les masques tombent. Belle opportunité pour envisager l’avenir autrement !

Dans leur essai : La Comédie (in)humaine (Editions de l’Observatoire / sept. 2018), Nicolas Bouzou et Julia de Funès dénoncent les travers de pratiques managériales en vogue dans de nombreuses entreprises : excès de contrôles, réunions inutiles, excès de processus, séminaires absurdes, tyrannie de la transparence, mensonge du jeu collectif, égalitarisme et ‘bonheurisme’ incantatoires …. Pour l’avoir inventorié moi-même par petites touches depuis tant d’années, je ne peux que me réjouir que le constat soit partagé avec talent et écho médiatique. Mais alors que faire si des pans entiers de la vie des entreprises se révèlent si fragiles et sans objet ?

Respecter l’essence plus que le sens .

Avec Bouzou et Funès, je constate que beaucoup d’entreprises manquent de vraie vision stratégique. L’empilement d’objectifs, de modèles d’affaire et d’ambitions affichées ne peut en tenir lieu. Toutes les parties prenantes – des équipes de fabrication à l’utilisateur final – veulent de plus en plus comprendre le fondement, l’impact et la finalité de l’action qui est attendue d’eux. La quête de sens est aujourd’hui une solide réalité. Or jamais, la vie économique n’a autant semblé se résumer en un immense ‘jeu de société’ (une ‘ comédie inhumaine’ ?) dont les seuls acteurs gagnants sont ceux qui en maîtrisent – pour ne pas dire ‘imposent’ ou ‘confisquent’ … – les règles. Leur nombre se raréfie d’ailleurs, laissant sur le bas-côté de la route des consommateurs, des collaborateurs, des citoyens qui décrochent, feignent, s’ennuient, démissionnent ou explosent en vol. La surenchère d’images, de distractions, de contrôles, d’emprises mentales ou technologiques, d’offres addictives ou d’incentives ne suffit plus à raviver la flamme.

L’impératif de sens s’accroît au sein des jeunes générations (parmi les ‘meilleurs’ comme parmi les autres) et elles ont raison de poser la question. Mais « donner du sens » n’est pas la meilleure réponse, car cela reste un processus artificiel où la manipulation est tentante et l’erreur possible. La réussite d’une entreprise, d’un projet ou d’une offre est en fait inscrite dans la manière singulière qu’elle a d’incarner et de distiller son « essence » : ce qui est, doit être, sera ; ce qui fait qu’elle manquerait au monde si elle venait à disparaître. C’est un point d’appui exigeant – mais à bénéfice universel – qui coûte beaucoup moins cher à utiliser et qui est plus durable que tout autre logique de levier installée par force, séduction ou intrigue. L’explosion des dépenses annexes (communication, conformité, sécurité, contrôle de gestion, propriété intellectuelle, reporting, …) comparée à la croissance plus modérée des investissements propres à l’activité (recherche et développement, outil de production,…) en apporte une preuve éclatante. Il appartient donc aux responsables politiques comme économiques de discerner l’essence de leurs entreprises ou projets et de la faire comprendre à chacun. Mission plus humble, inconfortable et exigeante que les ordinaires fixation et contrôle des objectifs, mais, c’est là, l’apanage des visionnaires.

Donner du temps au temps.

Les auteurs de ‘La Comédie (In)humaine’ dénoncent les méthodes et artefacts managériaux utilisés pour conserver l’adhésion et l’engagement des équipes en entreprise. L’inventivité des consultants et coaches en accompagnement de la transformation est en effet sans limite. Chacun revendique la paternité de méthodes ludiques, créatives, désinhibantes, toujours renouvelées. La distraction de la réalité en est le fil rouge ; ‘l’agilité’ et ‘l’immédiateté’ de leur mise en œuvre des conditions sine qua non. Or est essentiel que les leaders en entreprise sachent s’accorder du temps, non pour se réparer, se reconstruire ou se reprogrammer, mais pour réfléchir aux fondamentaux de leur projet commun. Du vrai temps volontairement libéré dans des agendas dont la gestion est trop souvent déléguée aujourd’hui à Doodle, à un Outlook partagé ou à leur assistante. Réfléchir n’est pas une activité sans effort et à résultat instantané. Il faut laisser à la réflexion le temps de se déployer alors que tant de responsables gaspillent le plus souvent leur précieuse disponibilité en tâches stériles, vaines figurations et inutiles justifications. Il est essentiel de retrouver le vrai rythme du discernement et de la sagesse. D’expérience, je sais qu’un séminaire de direction de trois jours minimum dans un lieu coupé du monde est plus productif qu’un workshop express bricolé avec les techniques à la mode pour tenir dans les rares plages disponibles d’agendas ouverts aux quatre vents. Je sais qu’une marche en duo dans une forêt ou sur une vaste grève marine reconnecte les cerveaux avec le bon rythme de l’échange et de la réflexion croisée. Pour quiconque, il faut du temps et de l’espace pour décompresser, contempler, écouter, méditer, se nourrir du monde et de la mémoire collective, imaginer, échanger, challenger et surtout formuler avec des mots justes. Pas pour faire du saut à l’élastique ou s’éparpiller dans des jeux de rôle.

Soigner son intelligence du réel.

Bouzou et Funès donnent un grand coup de pied dans la fourmilière en osant s’attaquer à la doxa en vogue chez les doctrinaires de la gestion des ressources humaines. Les incessantes professions de foi et manifestations médiatiques autour des thèmes de l’égalité, de la transparence, du jeu collectif ou du bonheur au travail n’abusent plus grand monde à part leurs auteurs. Les entreprises ne peuvent échapper au climat de doute et de désenchantement général qui s’est installé subrepticement.

La vie rêvée du salarié n’est pas celle des lobbyistes, des idéologues, des baromètres sociaux, des grands prix annuels et des reportages de magazines. C’est dans l’épaisseur de nos existences – et non dans leur représentation ou leur interprétation – que se lit la pertinence ou non de telle ou telle entreprise. Cultiver, construire, alimenter, transporter, informer, financer, assurer, distraire, conseiller, … sont de vrais métiers et de belles activités profondément humaines; mais quand je parcours certains documents d’analyse stratégique (qui servent trop souvent de bien commode bouclier à leurs commanditaires), je doute que leurs auteurs en aient même simplement conscience. Or, on ne peut viser juste en se contentant d’ânonner les refrains à la mode (‘lean management’, ‘transformation digitale’, ‘augmentation de l’ARPU’, ‘consumer centric’, ‘entreprise libérée’…), ou de bidouiller le réel à coup de modèles, de pixels et de tableaux eXcel. Quand tous les écrans de nos ordinateurs et de nos smartphones s’éteindront, il ne restera que des yeux hagards, des esprits perdus et des mains désœuvrées ! Nous en sommes tous conscients, mais nous pensons et agissons comme si notre humanité n’existait pas ou qu’elle était reprogrammable à l’infini comme les machines et systèmes auxquels nous abandonnons paresseusement nos libertés, nos réflexions et nos décisions. Pour bâtir une stratégie gagnante, il est essentiel d’apprendre à regarder et aimer la vie, le monde et notre humanité avec ses bons comme ses mauvais côtés, ses potentiels comme ses limites. Et d’oser engager son existence, ses talents et sa responsabilité. Pas de réelle humanité, pas de réelle pérennité.

La petite révolution managériale à laquelle la lecture d’ouvrages comme celui de Bouzou et Funès nous invite est à notre portée. Aurons-nous simplement le courage d’arrêter de jouer la comédie qui nous déshumanise tous de plus en plus rapidement et qui risque de s’avérer pour chacun une pernicieuse tragédie ?

Libre, c’est tout !

Et si, au lieu de nous goinfrer d’images, de représentations, de sécurités et de conventions, nous osions nous jeter avec confiance et enthousiasme dans la réelle épaisseur de nos vies ?

Il y a ce qui est convenable de penser et ce que nous pensons vraiment. Il y a ce que le système attend de nous et les points sur lesquels nous aimerions fortement qu’il évolue. Il y a ce qui est bon pour toutes les personnes dont nous sommes responsables et ce à quoi nous avons consenti pour ne pas trop en rajouter à des jours déjà si lourds. Il y a ce dont nous sommes fiers et ce dont nous nous justifions en boucle. Il y a le parcours sans faute que nous avons effectué depuis la maternelle et l’accumulation des handicaps qui frappent tous ceux qui n’ont pas eu cette chance et que nous croisons chaque jour. Il y a l’impression de mener nos vies du bout du doigt sur l’écran de nos smartphones 4G (bientôt 5) et ce réel qui fait de la résistance dans nos rues, nos banlieues, nos EHPAD, autour des berges de nos fleuves, à nos passages à niveau ou dans les résultats de notre dernier bilan sanguin.

Il y a la perspective de la retraite, de nos prochaines vacances à Megève ou à Maurice, de la liquidation de nos stock-options et cette petite musique entêtante, collante qui revient en boucle dans vos pires insomnies : « Si je meurs tout à l’heure, qu’est-ce que mes amis, mes proches, retiendront de moi ?’ Ma sortie dans la botte d’une grande école ? Le cuir fauve de mon Audi A6 de fonction ? La réussite de notre dernière IPO ? Nos soirées en blanc, notoirement éméchées, à Saint Paul de Vence?  Mon goût immodéré pour les caméras et micros de BFM Business ?  … »

Bien sûr, de telles pensées ne nous titillent pas tous, tous les jours et avec ces mots-là; mais de là à dire que le bilan de notre vie nous indiffère profondément ou que c’est vrai pour les autres mais pas forcément pour nous …?!

Il est encore temps de prendre chacune de nos existences à pleins bras. Il est encore temps d’aller au bout de ce que la conjugaison de notre expérience, de nos talents, de notre désir et surtout de notre liberté nous invite à vivre (Emmanuel Macron, la BCE et les GAFA ne peuvent pas tout et c’est plutôt une bonne nouvelle ; même si c’est souvent bien confortable de leur abandonner notre avenir ou de leur attribuer la paternité de tous nos maux).

Il est toujours temps de repenser notre action en regardant au-delà des KPI, de l’EBITDA et de la hausse prévisible de nos primes sur objectifs. Et pas seulement pour les dégâts collatéraux qu’entraînent inéluctablement les triviales logiques de prédation ou de survie qui polluent à l’envi la vie politique, économique ou sociale d’aujourd’hui.

Il est toujours temps de prendre le temps de questionner l’acquis, d’affronter le convenu, de challenger l’agréé, de bouleverser l’habitude, d’explorer l’impensé pour apporter une réponse simple, claire et juste à un monde qui semble se noyer dans ses propres conventions et dérives.

C’est aussi cela qui libère l’entreprise, valorise sa singularité, booste sa transformation, nourrit sa capacité d’innovation, structure sa RSE, unit son CODIR, séduit les nouvelles générations, retient l’attention des meilleurs investisseurs.

La mission première des chefs d’entreprises et des managers inspirés est de réexaminer stratégies d’entreprise, de marque ou de développement au delà des habituelles conventions et selon une approche holistique qui comprend l’homme dans sa triple dimension : corps, cœur et esprit, car elle est indéniablement porteuse de sens et d’innovation utile (deux denrées si rares dans la plupart de nos modèles d’affaire épuisés ou grimaçants).

Les vrais leaders sont visionnaires. Ils sont enracinés dans l’humus de la vraie vie. Ils ont remarqué que leurs clients étaient avant tout des êtres humains, tout comme leurs collaborateurs et leurs fournisseurs. Ils savent regarder au delà de leurs écrans. Ils ne répliquent pas incessamment les mêmes stratagèmes. Ils ne campent pas sur leurs certitudes. Ils ne font pas semblant de diriger. Ils ne demandent pas la permission à leurs actionnaires, leurs clients, leurs collaborateurs ou même à l’agenda qu’on leur impose pour dessiner les contours d’une offre, d’une marque ou d’une entreprise dont on se demande encore comment on a pu ne pas y penser plus tôt. Ils osent penser, à la fois juste et à côté. Et leur éloge funèbre a peu de chances de ressembler un jour à une triviale to-do-list aux cases plus ou moins bien cochées.

Allez, le temps pour vous de ranger votre i.Pad, d’enfiler une bonne paire de chaussures de marche, de réunir autour de vous une petite équipe motivée et on s’y met !

Effets collatéraux de la tyrannie digitale : des analyses convergent des deux côtés de l’Atlantique.

conversationQuand des experts et universitaires – américains de surcroît -illustrent, observations méthodiques à l’appui, que le chapitre 3 d’Un Regard Peut Tout Changer (Editions Salvator) a bien mis le doigt sur un enjeu bien moins anecdotique qu’on ne le pense généralement :)

 

L’idée que vous avez eue le 13 août dernier vers 22h56 était bonne !

L’idée que vous avez eue le 13 août dernier vers 22H56 était bonne; peut-être même meilleure que celles que vous êtes censé avoir à chacun de vos comités de direction. L’air caniculaire était enfin redevenu respirable. Vous n’étiez pas en représentation face à vos collaborateurs. Depuis quelques jours, votre femme, la mer et les étoiles vous paraissaient plus belles. Vous aviez même oublié que vous étiez en vacances. Et puis soudain, l’idée a jaillie et elle vous a emporté.

Vous ne pouviez plus reprendre vos activités professionnelles comme si de rien n’était. Il fallait impérativement que cela change. Ou que vous changiez. L’idée que vous avez eue face à la mer le 13 août dernier vers 22h56 était bonne. La jubilation intérieure qu’elle provoqua chez vous n’avait rien à voir avec le plaisir furtif que provoque la certitude d’avoir atteint le seuil de déclenchement de votre bonus. Ou la confirmation du leadership de votre marque sur le segment des « produits fromagers à pâte lavée » …

Souvenez-vous ; vous voliez ! Votre vision dépassait soudain le bout de votre prochain comité exécutif. Tout s’enchaînait avec une logique implacable. Vous aviez repris les commandes de votre destinée. Vous envisagiez les onze mois vous séparant de l’été 2017 avec une rare gourmandise. Votre entreprise allait se mobiliser autour de votre beau projet. Vous alliez changer vos relations avec vos équipes. Vous alliez revoir sérieusement l’équilibre écorné de votre vie professionnelle et de votre vie personnelle. Alors, pourquoi diable, avez-vous abandonné cette fulgurance, en l’accrochant à l’arbre de la peur, du doute, de la désillusion ou du confort, juste avant le péage de Saint-Arnoult ?

Vous aviez pourtant raison, il fallait que ça change. C’était de votre responsabilité de manager surinformé, instruit, bien intégré et certainement talentueux – voire chanceux – de déclencher le mouvement. C’était une bonne occasion de donner un peu d’envergure et de sens à votre mission. Au-delà de votre remarquable collection de diplômes, de votre carrière sans faute, de la belle progression de vos revenus, de la considération de vos pairs et de l’admiration béate de vos amis. C’était enfin une jolie façon de démontrer que la vie professionnelle ne se résume à l’art de rendre compte, de justifier son job, de surfer sur les théories macro et micro-économiques à la mode, de déstabiliser ses rivaux, ou de passer entre les mauvaises gouttes de la conjoncture.

Votre idée était bonne, débarrassée du fatras de conformisme intellectuel dans lequel baignent la plupart des réflexions stratégiques de votre environnement. Vous pressentiez déjà avec justesse les limites du modèle dans lequel vous avez évolué bon an mal an. Vous étiez las de demander en permanence ce que vous devez faire à des clients qui n’en ont bonnement aucune idée. Vous étiez épuisé à la perspective de devoir plancher jour et nuit pour rendre présentables aux analystes des résultats de plus en plus décevants. Vous étiez convaincu qu’acquérir avec de coûteux subterfuges l’intérêt et la fidélité de consommateurs, de collaborateurs ou d’actionnaires de plus en plus opportunistes allait durablement dégrader la profitabilité et la pérennité de votre activité.

Votre idée, inédite, concrète, sensée était bonne et méritait d’être creusée, partagée, challengée. Elle avait du souffle. Elle se jouait des préjugés, des conventions. Elle était inscrite en creux dans le code génétique de votre marque. Elle pouvait marquer la renaissance de votre entreprise, de votre département ou de votre organisation. Elle n’appartenait qu’à vous et vous donnait sans doute pour la première fois l’impression d’être vraiment utile.

Alors vite, faites demi-tour et exploitez-la fissa. Il est grand temps que vous tiriez profit du capital d’imagination, d’audace et de courage que la tyrannie du court terme et du relativisme vous fait trop souvent négliger. Votre entreprise, comme l’ensemble de l’économie, ne peut plus attendre l’éventualité de vos prochaines vacances pour espérer sortir du climat désenchanté et stérile dans lequel nous prenons tous un malin plaisir à nous complaire.

*aubry pierens

 Article publié pour la première fois, le 5 septembre 2003, dans le journal « Les Echos » et commenté par l’auteur au chapitre 8 du livre ‘Un Regard Peut Tout Changer’, paru en avril 2016 aux Editions Salvator. 

L’obsolescence programmée entre en phase terminale.

Nous pressentons avec espoir qu’une page sombre de la technique marketing est en train de se tourner. La disparition de l’obsolescence programmée est en bonne voie. Et il en sera ainsi pour toutes les techniques de vente trompeuse ou forcée, fondées sur le mensonge, la manipulation ou l’abus de faiblesse. Il n’est point toujours besoin d’une intervention intrusive du législateur, le bon sens et la justesse finissent toujours par triompher dès lors que l’on prend le temps de regarder l’acheteur dans sa triple dimension : corps, cœur, esprit, et non simplement son porte-monnaie ou son appartenance à tel ou tel socio-style de ‘conso-crétins’.

« Obsolescence », « programmée » : deux mots qui blessent.

La notion d’obsolescence renvoie à un échec, à une défaite face au temps. Tout comme la mort que l’homme s’évertue infiniment à repousser ou à effacer. Plus l’objet est inscrit dans notre existence où il se révèle prothèse familière tel le fer à repasser ou le grille-pain, moins sa performance ou sa technologie progresse objectivement, et plus son obsolescence, soudaine, inattendue, nous est insupportable.

En creux, nous savons tous que, dans un univers clos, la perte des uns peut faire le bénéfice des autres. Et cette prise de conscience accroit encore plus chez chacun un sentiment d’injustice et de frustration. Que certains conçoivent et fabriquent des produits en recourant à des matériaux et des mécanismes dont ils fixent à l’avance la durée de vie et la défaillance pour en garantir le renouvellement, nous trouble. Qu’ils gagnent alors que d’autres perdent, nous est le plus souvent insupportable. Surtout lorsqu’on se trouve du côté des perdants…

Le mot « programmée » exacerbe l’idée d’une prédestination, d’une intelligence extérieure, manipulatrice et agissante qui, une fois lancée, nous apparaît déjà hors de contrôle. Le programmateur nous inquiète, nous agace, nous irrite ; qu’il ait ou non une expertise et une maîtrise technologique supérieures à la nôtre. C’est dire si le sujet a tous les atouts pour devenir populaire… Et la révolte gronde rapidement chez tous ceux que la circulation accélérée et transparente des informations sur internet a instruit de cette technique utilisée subrepticement pour accroître le niveau d’emprise de certains sur chacune de nos vies.

Les objets n’ont pas vocation à l’éternité. Néanmoins, l’obsolescence programmée se révèle pratique médiocre, mise en œuvre par des marketeurs myopes avec la complicité d’ingénieurs et de techniciens invertébrés. Elle a un coût, et ceux qui le supporteront ne sont pas toujours ceux qu’on croit.

La vraie défaillance ne se trouve pas dans le produit lui-même.

L’obsolescence programmée dit quelque chose des produits, des marques et des entreprises qui y recourent. Elle hurle le mépris des consommateurs et des utilisateurs, car elle les envisage comme suffisamment stupides pour ne pas le constater, et amnésiques pour ne pas en tirer une leçon. Or, la casse soudaine d’une pièce essentielle, le vieillissement accéléré d’un matériau, la diminution des performances, ne s’apprécient pas dans le doux somnambulisme de l’ultra-consommation et un rêve inassouvi et permanent de renouvellement. Le constat est brutal. Il viole une relation entre l’utilisateur et l’objet. Il meurtrit profondément la quiétude d’une économie personnelle en obligeant à une dépense inattendue et contrainte.

Comme par hasard, l’obsolescence programmée s’accompagne le plus souvent d’une impossibilité de réparer, de corriger la défaillance, de trouver une solution ou un accès alternatif. Elle fait de la technologie utilisée une citadelle inaccessible, claquemurée derrière ses vis Torx et Pentalobe (non-dévissables sans outillage adapté) ou ses éléments scellés (processeur, mémoire vive et mémoire flash de stockage soudés sur la carte mère, batterie collée au fond du boîtier, écran ne pouvant être séparé de sa vitre de protection – cf évaluation d’un des tout récents McBook Pro par www.ifixit.org). Elle dénie aux ingénieux, aux économes, aux ‘responsables-du-monde-qu’ils-empruntent-à-leurs-enfants’, la possibilité et le droit d’apporter par eux-mêmes – ou par beau-frère ou voisin interposé – une libre réponse à la défaillance, un supplément de vie à la chose sub-claquante. L’obsolescence programmée contraint à jeter trop vite aux ordures – même retraitées ou valorisées – des objets dont la fonction première répondait pourtant encore au besoin originel. Rares sont ceux qui oublient cette blessure. La conscience ne le formule sans doute pas ainsi, mais le subconscient en garde vivace la trace.

Il est temps de faire tomber dans l’oubli ces pratiques d’un autre âge.

 Il est temps de ne plus prêter crédit aux croissances artificielles de chiffres d’affaires tirées par des pratiques qui exploitent avant tout la candeur ou l’ignorance de ceux qui vivent encore dans les illusions de la société de consommation. Il est temps de dénoncer le design d’apparence destiné à démoder l’enveloppe extérieure pour nous faire oublier le fonctionnement intact de la fonction. C’est trompeur, racoleur, vulgaire et finalement toujours décevant.

Développons au contraire toute activité économique qui convoque l’ingéniosité de ceux qui ont le don de redonner vie à l’objet cassé, abîmé, en panne. Le consommateur avisé et son comparse: le réparateur ingénieux, rendent en fait un hommage détourné au fabricant originel et à sa marque. Ils lui disent que ce qu’il a engendré et signé a encore du prix à leurs yeux et mérite de se voir accorder une nouvelle vie. Ils ne s’interdisent pas de lui faire à nouveau confiance et de lui acheter un autre produit de la même marque. Ou de remplacer à terme le produit qui sera allé au bout de son existence par un produit de marque identique, mais de nouvelle génération. La croissance du chiffre d’affaires sans doute plus lente, mais assurément plus pérenne et profitable.

Favorisons ces emplois de proximité géographique et psychologique qui entretiennent magnifiquement le lien social (cf les « cafés-réparations », labellisés « Repair Cafés », une marque déposée créée aux Pays-Bas en 2009 présente sur 900 sites dans 22 pays – dont une dizaine en France – http://repaircafe.org/fr/). Ils sont essentiels à l’écoulement durable et paisible de nos vies comme le sont d’autres ‘restaurateurs’, tels le médecin, le boulanger, l’aubergiste, le cordonnier ou le pharmacien.

Préférons les marques qui adoptent résolument les exigences de l’économie circulaire. Telle l’innovante et vraiment responsable : OWA (www.armor-owa.com/fr) qui signe des cartouches d’impression laser de qualité, compatibles, remanufacturées avec soin par le groupe ARMOR et garantissant dès l’achat, collecte et retraitement environnemental intégral.

Adoptons enfin les produits dont la valeur d’usage grandit aussi avec leur pérennité. C’est l’honneur des vrais bâtisseurs de faire traverser le temps à leur œuvre et leurs ouvrages ; et ce ne sont pas les Hénokiens (www.henokiens.com), club de belles entreprises familiales toujours en activité depuis 200 ans qui vous diront le contraire. Une nouvelle génération d’entrepreneurs ne s’y trompe d’ailleurs pas qui multiplie les entreprises (cf http://www.buymeonce.com de l’ex-publicitaire Tara Button) faisant de la durabilité des produits et services vendus un élément essentiel de leurs offres.

Toutes ces initiatives expriment ainsi notre résilience ou notre opposition face au cynisme et l’égoïsme de générations de managers irresponsables, instigateurs et, au bout du compte, premières victimes de leurs propres existences et idéologies à obsolescence programmée.

*aubry pierens

Article publié pour la première fois, le 13 août 2016, sur le site d’Economie Matin.

Vacances d’été 2016 : dix observations anecdotiques qui pourraient bien nous dire quelque chose d’important.

#1. Vous êtes apparemment le seul à vous croire en congé. Un mail vous annoncera bientôt que vos actionnaires, votre associé ou votre patron vous attendent de pied ferme, fin août, avec un budget révisé et votre nouvelle feuille d’objectifs. Allez, c’est pas grand chose ; juste un petit PowerPoint et des tableaux eXcel à bidouiller comme d’hab’, mais cette fois, au bord de la piscine à Formentera, avec l’iPad Pro et l’abonnement 4G fournis par l’entreprise. Veinard !

 #2. Prendre son temps a visiblement quelque chose à voir avec
la vraie vie. 
Lire. Peindre. Pêcher. Jouer au Mölkky. Siroter un petit verre de blanc limé sur le coin du zinc à Sauveterre-de-Rouergue. S’autoriser une minute (ou plus …) de silence contemplatif face à l’époustouflante beauté de la Nature. Piquer un somme sous le gros tilleul du jardin. Comme quoi on peut décider de ralentir, de s’arrêter même, et faire tous les jours des choses incontestablement plus vitales que pédaler toujours plus vite comme un hamster dans sa roue-cage !

#3. Le charcutier du marché vous aura vendu plus de fougasses
aux olives, de culatello de zibello, d’artichaunades et de saucissons
au piment d’Espelette en deux semaines que vous n’en consommez habituellement en une année. 
Et pourtant, il ne travaille pas à Palo Alto ou à Shenzhen, ne connaît rien au langage HTML5, ne vient pas de ‘lever’ 10 millions auprès de ses petits camarades de promo, ne ‘sort pas d’une business school’, n’est pas présent sur LinkedIn ou Twitter et ne possède pas un octet de ‘big data’ sur vous et vos compagnons de vacances. Bon, … on peut évidemment imaginer qu’il aime d’abord les gens, ses produits, son métier, les saisons, la vie, … mais ça ?!

#4. L’écran total n’empêche pas les coups de soleil. Vu le nombre
de d’assertions non vérifiées, rédigées de façon approximative, et mises en ligne chaque été sur les meilleurs sites d’information par de fort sympathiques stagiaires intérimaires, il vaut mieux marcher à l’ombre avec des amis sous les frondaisons de Brocéliande et renoncer à parcourir nerveusement Google Actualités …

 #5. L’imprévu fait bien les choses. Si vous persévérez quand même
en négligeant le point ci-dessus, vous verrez – avec un peu de bonne volonté et de liberté intérieure – qu’on peut très bien vivre heureux loin d’une prise courant, dans une zone sans couverture 4G, ou délesté de son iPhone 6S 32G parti soudainement en plongée  au large du Banc d’Arguin …

#6. « C’est quand la mer se retire qu’on voit ceux qui n’ont pas de maillot » (Warren Buffet). Tout comme on voit la vanité des modèles d’affaires en période de crise quand ils ne sont pas fondés sur une vision qui a du sens pour l’ensemble des parties prenantes. ‘15% de CA en plus à iso-effectifs avec 9% d’EBIT en 2016’, c’est effectivement un objectif, mais pas vraiment ‘l’obscur objet du désir’ de vos collaborateurs. Ni de votre plus gros client parti sur la Côte Dalmate, d’ailleurs !

 #7. L’image a moins d’effets qu’on ne le croit sur la réalité*.
L’alarme de votre appartement a fonctionné impeccablement. La patrouille de surveillance envoyée sur site vous a même confirmé très vite que l’effraction a bien eu lieu et que les voleurs apparemment cagoulés – et sans doute, très informés – ont été d’une efficacité redoutable. Grâce à la décision visionnaire de votre conseil municipal et l’offre si inspirée de votre cablo-opérateur, des dizaines de caméras HD ont filmé l’événement : dans la rue, devant l’interphone, dans le hall, dans l’ascenseur, dans le parking et même chez vous. Voulez-vous qu’on vous envoie la cassette à Porto Cervo ?
(* : ce cas est bien évidemment totalement fictif)

#8. Le monde parle haut et fort, mais si peu l’écoutent. Tendez les yeux! Ca commence sur les aires d’autoroute où tout le monde s’ingénie pourtant à s’arrêter en même temps. Ca continue sur la plage où, à coups de parasols, de draps de bain, de raquettes de plage et de châteaux de sable, des corps écarlates ou luisants, joliment bronzés parfois,  revendiquent subtilement leur part de territoire. Dans la rumeur qui monte du camping lointain ou dans le fond des caddies du Leclerc d’à côté. Les autres – qui sont d’ailleurs vos semblables – ont pourtant plus de choses à vous dire qu’on ne le perçoit généralement derrière les façades en verre chromé des bureaux de l’Ouest parisien ou sous les lambris dorés des palais de la République. Et ils ont raison de nous le rappeler : ‘Bah quoi, … on n’attend pas Patrick ?!’.

#9. Conduire ce qu’on appelle encore ‘une automobile’ se révèle toujours plus plaisant que de s’imaginer, transporté en ‘voiture autonome’. Dans mon véhicule actuel, je ne programme rien. Je n’abandonne à personne le choix de ma conduite. J’accélère, freine, ralentit, tourne à droite, tourne à gauche, m’arrête quand je veux pour faire pipi, et épargne prioritairement les piétons imprudents. Je regarde le paysage (vaut mieux 🙂 ) et pas un film ou mes mails sur un écran. Je baisse même la vitre pour parler aux indigènes. Et je méprise superbement ce que veulent de moi Google, Amazon, la NSA ou un nième logiciel de V.B.I.A.O (‘votre-bonheur-imaginaire-assisté-par-ordinateur’). A propos, c’est vous qui voulez rester autonome et mobile, ou c’est votre bagnole?

#10. Le succès de Pokémon Go était prévisible. C’est en fait un jeu directement extrapolé de ce qui vit déjà dans de nombreuses entreprises. A l’instar de cette application ‘addictive’ (comme le doit être tout produit digne de ce nom, aujourd’hui), quelques équipes managériales sous influence arrivent encore à vous fait croire :
– qu’elles favorisent la mobilité et les échanges sociaux alors que, où que vous soyez, vous gardez toujours plus les yeux visés sur un écran;
– que vous êtes ‘dresseur’ alors que c’est vous le Pokémon;
– que vous êtes en réalité augmentée alors que vous l’êtes rarement… en réalité.

Sur ce, … bel été à chacun ! Ouvrez l’œil et le bon !

*aubry pierens

PS : Chaque Français lit en moyenne 2,4 livres pendant ses vacances
(étude YouGov/lastminute.com).
Vous davantage, bien sûr !
Donc n’oubliez pas d’emporter dans vos bagages ou de vous faire livrer
FNACAMAZONLA PROCUREDECITRE :

Sortie en librairie, le 21 avril 2016


Un Regard Peut Tout Changer.
Les conseils impertinents d’un consultant.
Aubry Pierens (Editions Salvator) 

Cela pourrait vous donner de bonnes idées
pour la rentrée !:-)